« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses » dit Jésus à Marthe. Tandis qu’à Marie, il dit qu’elle a choisi la meilleure part. On est toujours un peu surpris par cet épisode de l’évangile, même heurté – ma sœur me dit qu’elle ne peut supporter ce récit qui la chavire, elle qui met toute son énergie pour sa famille, ses enfants et ses petits-enfants.
Est-ce que Jésus ici est en train de dire que ça ne vaut pas la peine de se dévouer, de « se forcer » un peu, de se démener pour sa famille, pour ses enfants, pour recevoir des parents ou des amis ?
I – Deux visites
À première vue, on peut penser cela, mais ici Jésus ne veut pas, je pense, décerner un trophée et donner un prix d’excellence à l’une des deux sœurs. C’est aussi bon de laver la vaisselle que de causer au salon avec les invités, la « visite », comme on dit au Québec.
Jésus, à partir de ce fait de la vie courante (tout le monde sait un peu ce que c’est que de recevoir de la « visite ») veut nous montrer et nous apprendre à bien recevoir les visites de Dieu dans notre vie : comment recevoir Dieu dans le quotidien, au travail, dans la prière, à l’Eucharistie, à la maison etc.
Ici dans cet épisode évangélique, c’est Marthe et Marie qui sont les hôtesses, qui font l’hospitalité, qui reçoivent le Fils de Dieu : Jésus. La première lecture nous présente aussi un personnage qui reçoit, c’est Abraham au chêne de Mambré qui s’active pour recevoir dignement des visiteurs (trois anges qui représentent les trois personnes de la Sainte Trinité). Lui aussi le fait pour bien recevoir ses visiteurs. Il fait tuer un veau, sa femme prépare des galettes. C’est l’hospitalité chaleureuse des gens du désert qui s’exprime simplement.
II - Message
Dans le deux cas remarquez ceci : les hôtes (Marie et Marthe et Abraham) se rendent compte (Marthe peut-être moins) que finalement ce n’est pas eux qui reçoivent, qui accueillent les visiteurs, mais c’est leur visiteur lui-même (les anges, Dieu, Jésus) qui les reçoit, qui leur apporte sa présence, qui leur ouvre son intimité.
C’est un renversement : le visiteur (Dieu, Jésus) accueille la personne visitée. En français d’ailleurs le mot hôte se dit tant de la personne qui reçoit que de celle qui est reçue. Voilà une belle clé de lecture de ces textes.
Appliquons cela à la scène de l’évangile.
Ainsi les reproches de Jésus à Marthe « tu en fais trop » sont plutôt une mise en garde. Jésus ici nous dit en somme : « Attention de seulement faire des choses et de ne pas être avec les personnes ».
Ça vous est sûrement arrivé de vous dire après que les visiteurs étaient partis (ou que vos enfants avaient quittés) « Mon Dieu, on a regardé la télé tout le temps, on a fait le tour des boutiques etc.., mais on n‘a pas pris le temps de se parler et surtout d’écouter celui ou celle qui était avec nous ». Ce qui arrive c’est qu’on a peur de ces moments plus vrais de partage, d’intimité. On les court-circuite. On s’agite, on s’affaire, on a son travail, ses engagements, ses loisirs. Les enfants disent parfois à leurs parents « Tu n’as jamais le temps d’être là. Tu es toujours parti ». Ça peut être l’inverse aussi : « Tu es toujours sur ton IPhone » diront les parents.
III – Le faire et l’être
Vous voyez l’accent est mis sur le faire sur le paraitre au lieu d’être mis sur l’être-avec. Et pourtant l’essentiel c’est l’être. J’ai lu que Goethe, un poète allemand, disait « Vieillir c’est quitter les apparences ». Il voulait dire par là qu’en prenant de l’âge on a plus de chance de s’attacher à l’essentiel, à l’être. Je ne sais si c’est vrai de toutes les personnes qui vieillissent, mais « s’attacher à l’essentiel » c’est un programme qui vaut pour tout le monde.
Voilà donc le message d’aujourd’hui dans l’évangile. Jésus nous rappelle que les relations avec les autres, ce n’est pas seulement de faire des choses pour eux ou pour elles, mais c’est de prendre le temps de les aimer. Comment ? En les écoutant, en leur donnant du temps, en s’intéressant à leur personne, à ce qu’ils sont et non uniquement à ce qu’ils font.
Le message qu’on peut retenir c’est celui d’être des personnes dont les activités de service, de dévouement, de générosité (comme Marthe) sont animées par le désir de vivre à l’écoute de Jésus dans la prière (comme Marie), d’être des « Marie-Marthe ». Pour cela il est bon de prendre des moments de tranquillité, même si ce n’est que quelques minutes ici et là. Le temps des vacances est propice à cela, profitons-en.
Conclusion
Que cette Eucharistie nous aide à accueillir Jésus qui nous visite dans son Corps et dans son Sang. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur : si quelqu’un entend ma voix, s’il m’ouvre, j’entrerai chez lui, je prendrai mon repas avec, et lui avec moi » dit-on dans l’antienne de communion de ce dimanche (Apocalypse 3, 20). Si nous ouvrons la porte, la visite du Seigneur nous changera pour le mieux. Nous deviendrons de meilleurs disciples comme Jésus le désire et le souhaite pour chacun et chacune de nous.
Amen !
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec
