Le Christ roi
Nous fêtons, ce dimanche 23 novembre, avec toute l’Église, le Christ, roi de l’univers. Cette fête fut instituée en 1925 – il y a 100 ans – par le pape Pie XI pour rappeler à notre époque la royauté spirituelle du Christ sur les nations comme sur les personnes.
Or, comme roi, l’évangile selon st Luc nous fait contempler un condamné, un crucifié devant qui le silence respectueux du peuple est opposé par l’évangéliste à l’ironie incrédule des chefs et à la moquerie des soldats ainsi que de l’un des deux condamnés de part et d’autre de Jésus,eux aussi sur une croix.
Pourtant, même ceux qui se moquent de lui,lui donnent, par dérision sans doute, ses titres messianiques et royaux : « S’il est le messie de Dieu, l’élu… Si tu es le roi des Juifs ».
Il est clair que la royauté exercée par Jésus n’est pas à la manière de celle des rois ou des chefs de ce monde. N’empêche ! Il est roi mais la devise de son règne pourrait être résumée en deux mots, l’amour et la vérité. En cela cette scène de la crucifixion qui semble être l’échec de toute la vie et la prédication de Jésus sur terre en est la continuation et le couronnement. Jésus est venu pour servir ; il a servi jusqu’au bout,jusqu’au don de sa vie : sa fécondité royale est là.
Monté sur un âne pour son entrée triomphale à Jérusalem, quelques jours avant de souffrir sa Passion, son premier trône avait été une crèche d’animaux aux environs de Bethléem, et le dernier, une croix. Dès lors l’attrait royal qu’il exerce sur les croyants ne peut être que celui de l’amour universel, de la miséricorde et du service, attrait qui répond au désir enfoui au plus profond de chacun de nous, étouffé ou refoulé par les tentations immédiates et souvent dominantes d’asservir les autres et de nier Dieu, mais désir authentique exprimé de la plus belle manière et de la plus spontanée par le brigand supplicié en même temps que Jésus, tout à coup éclairé par la lumière de la foi et poussé par le repentir de ses péchés à se convertir, s’écriant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ».
A la promptitude de la conversion,Jésus répond par la promptitude de la réponse à sa foi et de la promesse de la récompense : « Amen ! Je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le Paradis, quel repos ! » s’exclamait au XVIIème siècle Bossuet, dans un style qui n’est plus tout à fait le nôtre mais qui dit néanmoins la puissance royale du Christ, maître de la vie, en réponse à la supplication-formule juive de la prière des mourants-de cet autre crucifié tout à coup saisi et illuminé par la grâce divine qui lui révèle la royauté spirituelle du Christ et qui lui souffle cette prière au roi de l’univers : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».
Reprenons cette prière du bon larron avec la même foi et le même amour.
